Les agrocarburants


Les agrocarburants font partie des instruments les plus contestés de la politique climatique et énergétique européenne

Par Norry Schneider (Caritas)

Les agrocarburants font partie des instruments les plus contestés de la politique climatique et énergétique européenne. Selon une directive de 2009 sur la promotion d’énergies renouvelables, les Etats membres de l’Union européenne se sont engagés à couvrir à l’horizon 2020 10% de leur consommation d’énergie dans le secteur des transports par des sources d’énergie renouvelables, ce qu’ils comptent faire surtout par l’adjonction d’agrocarburants au diesel et à l’essence. Si en 2020 le Luxembourg voulait couvrir son besoin en agrocarburants par une production entièrement domestique, il lui faudrait jusqu’à 120% de sa surface arable ! En réalité ce besoin est entièrement couvert par des importations, dont une partie importante provenant des pays du Sud. La culture à grande échelle de plantes comestibles destinées à la production d’agrocarburants a de graves conséquences pour l’homme et son environnement et entraine l’aggravation de la faim, la diminution de la biodiversité, l’accaparement des terres et la violation des droits humains et – contre toutes attentes – un impact négatif sur le climat.

En juin 2014 le Parlement européen, la Commission et le Conseil ont clôturé des mois de né- gociations pour baisser l’objectif des 10% en utilisation d’agrocarburants sur base de plantes comestibles à 7%. Cet objectif est largement insuffisant pour limiter l’impact sur les denrées alimentaires et sur la déforestation puisqu’en 2020 nous continuerons chaque année à faire le plein de nos voitures avec l’équivalent de nourriture pour 69 millions de personnes !

 

agrocarbVu la part importante des transports dans le bilan énergétique du Luxembourg, le gouvernement luxembourgeois prévoyait d’atteindre son objectif 2020 à moitié par l’utilisation d’agrocarburants. La plateforme de la société civile luxembourgeoise CEREALKILLER avait pu convaincre le gouvernement de s’engager pour des critères écologiques et sociaux stricts, et pour intégrer dans les bilans climatiques les effets indirects sur les changements d’affectation des sols dus à la production accrue d’agrocarburants. Dans son programme 2013-2018 le gouvernement s’engage à remplacer les agrocarburants de 1ère génération (qui entrent le plus en concurrence avec les aliments) par ceux de 2ème génération (issue de bois, feuilles, paille, etc. et n’utilisant donc pas de végétaux comestibles). Cependant la tentation de recourir aux organismes génétiquement modifiés (OGM) pour accroître la production n’est pas écartée.

 

Alors que le gouvernement luxembourgeois est à féliciter quant aux progrès en matière de dialogue avec la société civile et aux positions prises dans le cadre de conseils européens, il n’a pas encore développé d’alternatives tangibles par rapport à sa forte dépendance de recourir aux agrocraburants pour atteindre ses objectifs européens en matière d’énergies renouvelables.

 

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