L’agriculture


L’empreinte écologique de l’agriculture luxembourgeoise pèse sur les pays en développement

Par Marine Lefebvre (SOS Faim)

Pays de terres agricoles fertiles, le Luxembourg est pourtant largement dépendant de l’extérieur pour nourrir ses quelques 500 000 habitants et leur fournir les denrées de base nécessaires. Si l’autosuffisance est atteinte pour le lait, les produits laitiers, les viandes de bœuf et de porc et les céréales, des aliments tels que œufs, pommes de terre, sucre, ou fruits et légumes restent sous la barre des 5 % d’autosuffisance [1].

En consommant en moyenne 300 kilogrammes de produits animaux par an (œufs, lait et produits laitiers, viande), soit au moins deux fois plus que ce qui est nécessaire à une alimentation équilibrée, les consommateurs luxembourgeois ont actuellement besoin d’environ deux fois l’espace agricole disponible au Grand-Duché pour subvenir à leurs habitudes de consommation [2].

L’utilisation des terres agricoles du Grand-Duché est dans une large proportion liée à la forte consommation de viande et d’aliments d’origine animale [3]. Privilégiant une production abondante de lait et de viande (en 2009, 60 % de la surface agricole utile du Luxembourg était gérée par les exploitations laitières), l’agriculture luxembourgeoise est dépendante d’importations massives, de protéines végétales destinées à nourrir le cheptel. Cette alimentation animale, importée en forte proportion des pays en développement, est largement basée sur des cultures extensives qui occasionnent une déforestation excessive et/ou l’accaparement des terres des petits paysans, contraints de migrer vers les bidonvilles.

En outre, 15 000 tonnes d’engrais synthétique sont importées par an pour les besoins de l’agriculture. Le CO2 émis pour leur production n’est pas davantage pris en compte dans le bilan climatique luxembourgeois.

Relevons enfin que la consommation d’énergie primaire dans l’agriculture est estimée actuellement à environ 800 000 barils par an [4]; les coûts qui en résultent s’élèvent à au moins 60 millions d’euros par an pour les agriculteurs. La hausse des prix des combustibles fossiles, combinée à un haut degré de mécanisation (véhicules, chauffage, refroidissement, éclairage, etc.), menace la viabilité de nombreuses exploitations.

La politique agricole pose donc différents problèmes de cohérence avec les efforts du Luxembourg en matière de coopération au développement.

Si notre système agro-industriel actuel a montré ses limites, des solutions de rechange existent : les études scientifiques se succèdent – en particulier l’Evaluation Internationale des Sciences et des Technologies Agricoles pour le Développement (IAASTD), un processus participatif international d’évaluation des sciences et des technologies agricoles – qui attestent les multiples avantages de l’agro-écologie, notamment pour réduire la pauvreté et la faim des petits paysans du Sud. Pour atteindre l’objectif d’une production agricole durable, juste, destiné avant tout à nourrir les êtres humains, et qui assure un revenu et un accès adéquat à des terres fertiles aux petits producteurs, il faut changer les modes de production, de distribution et de consommation de produits agricoles actuels à l’échelle des Etats, y compris donc du Luxembourg.

NOTRE MODÈLE AGRICOLE N’EST PAS DURABLE.

Nos revendications

Le gouvernement luxembourgeois doit favoriser sur son territoire une agriculture autonome et fonctionnant sans importation de protéines végétales en provenance des pays du Sud ; il doit globalement encourager la réduction de l’empreinte carbone de l’agriculture luxembourgeoise.

Action du Luxembourg dans le cadre de la politique européenne :

Le gouvernement doit agir pour que l’UE cesse les exportations de produits alimentaires et agricoles vendus à des prix inférieurs au coût de production. Au lieu de cela, il y a lieu de promouvoir dans les pays en développement une régulation équitable des marchés agricoles et des mécanismes de contrôle adéquats pour l’accompagner.

Liens utiles

Notes de bas de page

[1] Eine nachaltige Zukunft fur die Luxemburger Landwirtschaft, Jean Stoll in FORUM277, 2008.

[2] Ibidem

[3] Der ökologische Fussabdruck Luxemburgs. Global Footprint Network & Conseil supérieur pour un Développement Durable, 2010.

[4] D’après une estimation de CONVIS, http://www.convis.lu

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